Le printemps est une saison qui ira, j’espère, beaucoup mieux au teint du festival
Désir... Désirs qui poursuit pour la seizième année ses tentatives de séductions.
Le thème de cette édition n’en est pas moins risqué… Qui n’associe pas, à la communauté homosexuelle un certain nombre d’images kitsch, où des jeunes demi-dieux à peine vêtus d’un slip et d’un javelot, se contemplent dans le miroir de leur chambre rose et nacrée ? Le cinéma en particulier a véhiculé toute une série de clichés plus ou moins convenus sur le narcissisme de ceux qui ont revendiqué haut et fort leurs goûts et leurs fantasmes. Cette esthétique, qui passe par les photos de Pierre et Gilles,
La Cage aux folles, quelques films de Pedro Almodovar, a une histoire qui commence par
Pink Narcissus en 1971. Ce film, dont la modernité ne peut être réduite à son aspect kitsch, resta longtemps anonyme. Son univers a profondément marqué ce genre et demeure le témoignage chamarré de la prise de possession par les homosexuels de leur propre image et de leur propre désir.
Notre programmation se devait donc de dépasser ces stéréotypes de l’éros gay primitif, l’amour de soi, n’étant évidemment pas une exclusivité de la communauté LGBT.
Le Christ, d’après Oscar Wilde (
De Profundis) serait même le premier individualiste de l’Histoire : quand il dit «
Pardonnez à vos ennemis », ce n’est pas par amour de l’ennemi, mais pour l’amour de soi, car l’amour est plus beau que la haine. «
Vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres » : il pense plus à l’âme du jeune homme, gâtée par la richesse, qu’à la condition des pauvres.
Oscar Wilde, grand spécialiste de la question, est donc aussi au programme, avec l’adaptation qui fait toujours référence en la matière :
Le Portrait de Dorian Gray de Albert Lewin. Nous tenterons au passage, en inaugurant notre partenariat avec la Cinémathèque de Tours, une approche psychanalytique du pacte dément de D. Gray avec son portrait - un certain Freud a nommé cette captation amoureuse du sujet par son image
narcissisme.
Le camp cinématographique ne sera pas réservé, bien sûr, au cinéma gay. Nombre de films en font la preuve comme
Faster Pussycat Kill ! Kill ! ou
Psycho Beach party, qui rivalisent, eux, de mauvais goût. La nuit
Bad Girl questionne donc le genre, cinématographique entre autres. Cette « audace » de programmation, entrecoupée de happenings des
Pom-pasnet.connes, a été labellisée parle Festival
Mauvais genre qui en fera la présentation.
Le jeunisme de notre société a transformé cette question non essentielle en une angoisse quotidienne. L’image de soi est lutte permanente contre le vieillissement. Les séquences amoureuses entre Catherine Deneuve et Susan Sarandon dans
Les Prédateurs, sont devenues cultes et n'avaient pas fait l'objet d'une ressortie au cinéma depuis 25 ans.
Ce n’est pas prendre la fuite que de mettre à distance le face à face avec soi-même, afin de refléter aussi d’autres questions d’actualité, comme les paraphilies (ne pas rater
Devotee, le dernier film de Rémi Lange) ou quelques questions autour de la religion (
Les Règles du Vatican). Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence nous feront l’honneur de leur visite à cette occasion, à ne pas manquer non plus.
Pour compléter ce panorama, des courts métrages, le temps de poser un regard sur la condition des gays dans divers pays de culture musulmane et de partager nos coups de cœur.
Un hommage enfin, pour les cinquante ans du
Petit prince de la rue Keith Haring, artiste majeur du XXe siècle, hélas disparu, et en reconnaissance de son combat contre le sida. Une seconde projection aura lieu à la Chapelle Sainte-Anne.
En clôture, une avant-première, Otto ; or, up with Dead People, le dernier film de Bruce LaBruce, auto proclamé « philosophe pornographique ». Synthèse parfaite du cinéma porno, du militant et romantique, cet agitateur de la contre-culture mélange genres cinématographiques et genres sexuels. Ce cinéaste incontrôlable et définitivement à part reste drôle et sexy, inventif et radical.
Le cinéma, un art de l’auto-contemplation ?
Le festival Désir… Désirs espère lui rendre hommage.
Notre devise, cette année : libres et ego !
Prenez soin de vous…
Philippe Perol.